La mort inattendue de Kross en Baie James nous rappelle que les chiens ne sont pas immortels. La plupart d'entre eux travailleront cinq, sept, dix ans dans le meilleur des cas, puis seront en retraite et moureront.
Si la mort d'un chien est toujours une perte, ne serait-ce qu'affectivement, la perte d'un chien de tête est particulièrement difficile à vivre. En même temps qu'un partenaire, on perd un peu de soi, puisqu'on a investit temps et énergie pour former le chien. On se retrouve alors avec un double dilemne : comment dépasser son abattement pour réinvestir une relation quasi-exclusive avec un autre chien? Et comment terminer la saison sans son chien de tête?
Nous avons actuellement trois chiens de tête au chenil : Attika, Call et Dog, ce dernier étant en quelque sorte le remplaçant de luxe des deux premiers. Il y a Gunner aussi, il est souvent sorti avec Gilles, mais s'il a de bonnes aptitudes à aller devant, les directions ne semblent pas être son problème. Bref, on avance, mais on ne sait pas où on va.
Aujourd'hui Dog vieillit ; le temps est venu de former un ou deux nouveaux chiens de tête.
La détection d'un chien de tête n'est pas chose facile. On ne peut pas se fier à ce que l'on voit derrière nous. Certains chiens, comme Mukluk, Inouk ou Indik pourraient donner l'impression d'être des leaders nés, et pourtant en première position ils se couchent et ils attendent.
On ne peut pas se fier non plus aux sorties libres. Qui pourraient croire, en voyant Attika ou Call n'en faire qu'à leur tête lors de ces sorties, ou Dog, toujours bon dernier, loin derrière, que ceux-ci sont les chiens de tête d'Aventuraid?
On a pas d'autres choix que de se laisser guider par l'intuition et faire des essais. Essayer de sentir le chien qui saura aller devant sans se retourner (on élimine Kawa et Kumak), qui aura de la volonté et du leadership sans être dominant (on élimine Ska et Skoual), de la constance (ne comptez pas encore sur Drek ou Malik), qui écoutera et saura se poser des questions quand on lui parlera (ni Gunner, ni Keffié, ni Minaki), pas trop vieux (exit Mahika et Ulysse), ni trop jeune (oubliez Mashk ou Konan). Et tous les chiens qui, de toute façon, n'ont aucune envie de s'exposer devant.
Soixante chiens et pourtant les candidats ne se bousculent pas au portillon. Selon moi, nous aurions Kali, peut-être Kayla, j'ai choisi d'essayer Khéops.
Khéops qui n'en fait qu'à sa tête, Khéops-la-chicane, Khéops qui se couche quand il en a marre. Khéops tout à la fois fils de Ska et neveu de Gunner. Et pourtant, j'ai choisi d'essayer celui-là sur la base d'une observation de cet hiver.
A chaque fois que Khéops a posé problème sur un traîneau derrière et que je l'ai pris sur le mien, il semblait très motivé. Tout comme s'il avait besoin qu'on lui élève un peu la barre, de sentir les attentes d'un musher, bref, de se sentir investit.
Hier, pendant une sortie où les chiens étaient attelés au quatre-roues, je l'ai essayé. Pas de miracle, pas d'étincelles, mais un chien qui s'est immédiatement pris au jeu. Un chien curieux, surtout, qui, s'il ne comprend pas ce qu'on lui dit, comprend qu'on lui parle. Et un chien qui, parfois, donne le coup de rein qui manque aux chiens de barre. Bref, des débuts encourageants... à suivre.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire