Atim signifie chien en Innu.

Je présente sur ce blog quelques courts articles sur le traîneau à chiens et sur la vie du chenil d'Aventuraid, Québec.

L'occasion pour ceux qui sont partis en expé avec nous de retrouver leurs chiens.

lundi 24 mai 2010

Ces mushers qui frappent les chiens


Les mushers, plus qu'aucune autre profession, sont exposés aux ravages de la rumeur. On attend d'eux un comportement exemplaire vis-à-vis des chiens et cette attente est légitime. Finie le temps des chasseurs nomades de la banquise dont la survie dépendait du travail des chiens. Oubliée l'époque des mushers en guenilles, mal-payés, éloignés de leur famille et à moitié affâmés, qui portaient aux draveurs du Charlevoix les rations de nourriture. Qu'il s'agisse de tourisme, d'expédition ou d'exploration, l'expérience du mushing, c'est avant tout une expérience de vie avec les chiens en forêt.

Alors, honni soit qui frappe un chien?

Au risque de passer moi-même pour une brute, je voudrais apporter quelques nuances, même si je considère généralement qu'avoir recours à la violence est un échec.

Les chiens de traîneau, et plus particulièrement les groenlandais et les malamutes, sont des chiens de meutes. Un peu comme des loups, ils ont une vie sociale très riche, ce qui implique aussi des bagarres qui peuvent être plus ou moins violentes selon les inimitiés et le caractère des béligérants.

Dans une meute de loups, les bagarres visent généralement à régler des conflits de dominance et, ormis les cas de loups omégas, on observe une pacification des relations à mesure que la hiérarchie se met se place.

Dans une meute de chiens, cet aspect de la vie collective est plus problématique dans la mesure où les chiens sont généralement plus nombreux, que le leadership appartient aux humains qui ne sont pas en permanence dans le chenil et que le travail au traîneau implique parfois de faire travailler ensemble deux chiens qui peuvent mal se connaître ou, au contraire, trop bien se connaître.

Bref, le meilleur des mushers aura toujours à séparer des bagarres. Si son autorité suffit généralement à les séparer à la voix, il arrive parfois qu'il faille intervenir physiquement. C'est en ce sens que je parlerai d'échec : le leadership n'est pas assez fort.

Quand vient le temps de s'impliquer physiquement, rien ne sert d'y aller mollement, bien au contraire. Il faut que l'intervention soit ferme, la plus théatrâlisée possible (ce qui impressionne chiens et humains alentours), dirigée vers les crânes (la partie la plus solide de l'ossature canine) et à l'aide d'un objet pour protéger sa propre intégrité physique. Des chiens peureux en bagarre pourront saisir tout ce qui s'approche d'eux, y compris une main humaine!

La limite, c'est évident, on la porte en soi. Certains auront la main inutilement lourde, soit pour se décharger d'un peu de la peur qu'ils ont éprouvé pour eux-même ou pour leurs chiens qui étaient en train de se blesser mutuellement, soit parce que leur propre violence et/ou leur impatience en ces moments où tout dérape, leur fait perdre le contrôle de la situation. Il y a bien sûr aussi ceux qui éprouvent de la jouissance à ce sentir fort et qui revivent de manière fantasmée le mythe du meneur de loups -mais de ces gens-là, je n'en ferai pas plus cas.

Le but de l'intervention physique, ce n'est pas de faire éprouver de la douleur aux chiens, mais de les impressionner, de leur rappeler que l'on est là, en position de contrôle.

Attention toute fois, l'intervention physique ne résoud rien, elle ne fait que donner un repis pour passer à autre chose (cf : trouver le calme du chemin).

Ces mushers qui frappent les chiens, donc, ne sont pas tous des incapables ou des gens cruels. Trop de réputation de mushers se sont faites sur la base d'une ou deux interventions publiques trop appuyées. On a raison de rester très attentif à cet aspect des relations du musher aux chiens, et d'avoir des attentes en ce domaine. Attention toute fois à ne pas se focaliser seulement sur ce point.

Pour ceux qui veulent pouvoir jauger la valeur d'un musher, je leur conseillerais de s'attarder plutôt sur l'aspect du soin apporté aux chiens. Le chenil est-il bien tenu? Que deviennent les chiens quand ils vieillissent? Et ceux qui sont un peu trop craintifs ou pas assez travailleurs, sont-ils éliminés sans autre forme de procès? Les chiens sortent-ils souvent, été comme hiver? Sont-ils agressifs?

Ce sont-là des critères bien plus objectifs, parce qu'ils engagent quotidiennement le musher, et qui permettent de juger de sa valeur.

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